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Et si l’usage abusif de laxatif augmentait vos chances de cancer du colon ?

Chaque année en France, c’est plus de cinquante millions de boîtes de laxatifs qui sont vendues !

Et pour certains, le laxatif peut vite devenir une drogue, notamment chez les personnes qui y voient là un moyen efficace de se débarrasser des kilos superflus.

Ceci relève clairement de l’abus laxatif, qui se produit quand une personne tente d’éliminer les calories non désirées, de perdre du poids, de se sentir mince par l’usage répété et fréquent de laxatifs.

Le constat, c’est que dans la majeure partie des cas, les laxatifs sont mal utilisés. Certains pensent à tort que les laxatifs vont faire ressortir les aliments (et les calories qui les accompagnent) avant qu’ils puissent être absorbés.

D’une part c’est faux : les laxatifs n’aident pas à maigrir et d’autre part, l’abus de laxatifs est grave et dangereux, et peut entrainer une variété de complications de santé pouvant mettre la vie en danger.

Commençons par dégommer une bonne fois pour tout ce mythe de la perte de poids miraculeuse par usage des laxatifs. Au moment où les laxatifs agissent sur le gros intestin, la plupart des aliments et des calories ont déjà été absorbés par le petit intestin.

Bien que les laxatifs stimulent artificiellement la vidange du gros intestin, la “perte de poids” causée par une défécation provoquée par les laxatifs contient peu de nourriture, de graisse ou de calories.

Donc d’une part, vous n’allez pas perdre de poids, et d’autre part, l’abus de laxatifs cause la perte d’eau, de minéraux, d’électrolytes, de fibres non digestibles et de déchets provenant du côlon.

Tout poids perdu correspond donc à une perte d’eau et reviendra aussi vite après réhydratation du corps. Si la personne refuse en revanche de se réhydrater, il risque la déshydratation, ce qui augmente la pression sur les organes et peut entraîner la mort.

Voici pèle mêle quelques conséquences de l’abus de laxatifs :

  • perturbation des équilibres électrolytiques et minéraux (sodium, potassium, magnésium, phosphore) pouvant mener à un mauvais fonctionnement des organes vitaux.
  • déshydratation grave pouvant causer des tremblements, des troubles de la vision, des évanouissements, des lésions rénales…
  • peut amener le côlon à cesser de réagir aux doses habituelles de laxatifs, créant une dépendance, faisant que de plus grandes quantités de laxatifs sont nécessaires pour produire des selles…
  • dommages sur les organes internes, avec en ligne de mire un côlon qui devient “paresseux” ou développe une infection du côlon, un syndrome du côlon irritable voire un cancer du côlon.

Les laxatifs augmentent ils le risque de cancer ?

Les institutions de santé commencent fort à se le demander. Toute a commencé par une interdiction suite à des études du “National Toxicology Program” aux États-Unis, qui ont découvert que la phénolphtaléine avait un potentiel cancérogène chez les rongeurs.

La phénolphtaléine est un composé utilisé dans de nombreux produits dont Herbalax, elle est utilisée depuis des décennies dans les laxatifs. On pourrait donc se dire que depuis le temps, on aurait constaté une épidémie de cancers intestinaux.

De plus les chercheurs admettent que de fortes doses de phénolphtaléine ont été utilisées chez les rongeurs pour l’étude.

Ce à quoi certains répliquent que le produit existe depuis 90 ans, mais que les preuves humaines prouvant sa sécurité n’existent pas.

L’organisme européen de surveillance de la sécurité met en garde contre l’utilisation prolongée de laxatifs

Plus récemment en 2018, les responsables européens de la sécurité alimentaire ont mis en garde mardi contre des problèmes de santé potentiels, notamment un risque accru de certains cancers, liés à l’utilisation prolongée de laxatifs tels que le séné et l’extrait de rhubarbe.

Les laxatifs contiennent souvent des hydroxyanthracènes, une classe de substances présentes dans les racines, les feuilles externes, les graines et l’écorce de plantes comme l’aloès, la rhubarbe ou le séné.

Les résultats d’études sur les animaux suggèrent que certaines de ces substances peuvent causer le cancer de l’intestin, c’est en tout cas ce qu’a déclaré l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA) dans un communiqué.

Elle a déclaré qu’elle n’était pas en mesure de fixer une limite d’ingestion quotidienne sûre, mais a réitéré ses conseils antérieurs contre l’utilisation à long terme et la consommation à fortes doses.

Faites attention au type de laxatif que vous prenez !

Enfin, il y a cette nouvelle étude qui suggère que le type de laxatif que prend une personne pourrait être un facteur dans ses chances de développer un cancer du côlon.

Il existe effectivement plusieurs types de laxatifs, et la recherche semble indiquer que les laxatifs à base de fibres causeraient moins de risque de cancer colorectal comparés aux laxatifs non fibreux.

D’autres études sont toutefois nécessaires, bien que cette recherche soit tout de même solide, ayant impliqué plus de 75 000 adultes, âgés de 50 à 76 ans, dans l’ouest de l’État de Washington. Les chercheurs ont ainsi pu constater que les personnes qui utilisaient des laxatifs à base de fibres au moins quatre jours par semaine pendant quatre ans étaient 56 % moins susceptibles de développer un cancer colorectal que celles qui ne les utilisaient pas.

Par contre, les personnes qui utilisaient des laxatifs non fibreux cinq fois ou plus par année présentaient un risque accru de cancer colorectal de 49 %.

Les chercheurs de l’étude pensent que les laxatifs à base de fibres peuvent avoir certains des effets protecteurs des fibres alimentaires, qui réduiraient le risque de cancer du côlon de plusieurs façons, notamment en favorisant la croissance de bactéries saines dans le côlon et en diluant les agents cancérigènes dans les selles.

La “morale”

Pour ce qui est de la corrélation entre l’usage abusif de laxatifs et le risque de cancer colorectal, la science planche encore. Nous l’avons vu, plusieurs recherches montrent quoi qu’il en soit qu’il n’est jamais bon d’abuser des laxatifs et qu’il faut modérer leur usage.

Par exemple, ne prenez pas un laxatif juste parce que vous n’avez pas eu de selles depuis 24 heures.

La meilleure des solutions à la constipation restera toujours la prévention, et cela passe obligatoirement par l’alimentation. Tâchez donc d’augmenter votre quantité de fibres alimentaires, et veillez à prendre le bon type de fibre.

Par exemple, le son d’avoine est une “fibre soluble”, ce qui signifie qu’il est absorbé par la circulation sanguine et qu’il ne reste pas dans l’intestin. C’est un mauvais type de fibre pour combattre la constipation. Évitez les aliments riches en gras et faibles en fibres, comme le fromage et autres produits laitiers, les viandes transformées ou les aliments.

On dit qu’il faut consommer en moyenne 30g de fibre au quotidien, mais si vous souffrez de constipation sévère, vous pouvez aller jusqu’à 60 grammes. Et pour de bons résultats, il est indispensable de boire plusieurs grands verres d’eau.

L’activité physique joue également un rôle clé dans la prévention de la constipation, assurez-vous de bouger suffisamment.

Si toutes ces mesures ne suffisent pas, commencez toujours par le type de laxatifs le plus sûr, comme le laxatif de lest, avant d’envisager les laxatifs osmotiques ou stimulants. Suivez les directives posologiques imprimées sur l’étiquette du produit et consultez toujours votre médecin. Ne jamais consommer des doses supérieures à ce qui est prescrit et ne pas utiliser sur une période plus longue que celle indiquée.

Enfin, n’oubliez pas que l’utilisation de laxatifs peut être dangereuse si la constipation est causée par une affection grave, comme l’appendicite ou une obstruction intestinale. Si vous utilisez fréquemment des laxatifs pendant des semaines ou des mois, ils peuvent diminuer la capacité du côlon à se contracter, et même aggraver la constipation.

Sources :